
Résumé :
On peut dire sans ambages que l’histoire des sciences sociales est l’histoire d’une succession de paradigmes et de « tournants » épistémologiques qui se caractérisent par la construction d’outils conceptuels, théoriques et méthodologiques. C’est aussi une histoire de conflits de méthodes – les fameuses « querelles des méthodes » au XIXe[1] – et de réinventions de concepts théoriques nouveaux. À cet égard, les tournants épistémologiques majeurs ont, à chaque fois, redéfini l’objet, la méthode et le rapport à la vérité scientifique de la discipline concernée : l’anthropologie, la sociologie, l’histoire, etc.
Dans cette conférence je me propose de brosser à grands traits les ressorts de l’un des derniers tournants (« Turns ») en anthropologie, ce qui est convenu d’appeler le « tournant ontologique ». Celui-ci est un courant théorique qui assigne à l’anthropologie de ne plus se contenter de considérer les différences culturelles comme de simples visions et perceptions d’un même monde, mais comme des mondes réels et multiples qui coexistent.
Incontestablement, ce nouveau paradigme modifie profondément le champ de l’anthropologie. C’est un tournant qui redéfinit à la fois les fondements de la discipline anthropologique et la conception de la nature qui, désormais, ne peut plus être réduite à des simples constructions culturelles ou symboliques perçues par les humains. Cette perspective anthropologique rejette le « grand partage » humains non-humains (animaux, esprits, entités naturels, rivières, etc.), considérant, en outre, que l’homme n’est pas le seul sujet doté de culture, signant ainsi la fin de l’exception humaine et redéfinissant la relation homme-nature
[1] La fameuse « querelle des méthodes » (ou Methodenstreit) au XIXe siècle désigne la vive controverse épistémologique qui a opposé les partisans d’une science sociale nomothétique (fondée sur des lois universelles et déductives) et les tenants d’une approche historique et inductive.
Wilhelm Dilthey a fondé la distinction épistémologique majeure entre les sciences de la nature (fondées sur l’explication causale) et les sciences de l’esprit ou de la culture (fondées sur la compréhension du sens). N’affirme-t-il pas que : « La nature, nous l’expliquons ; la vie psychique, nous la comprenons ».





