
Résumé :
Cette conférence propose une réflexion sur les mutations de l’écriture archéologique et patrimoniale en Tunisie depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours, à travers l’évolution des méthodes, des problématiques et des contextes politiques, institutionnels et intellectuels qui ont façonné ce champ de recherche.
Elle examine d’abord les conditions d’émergence de l’archéologie moderne durant la période coloniale, marquée par une valorisation privilégiée de l’héritage classique, notamment romain, au détriment des périodes postérieures et du patrimoine islamique. Cette orientation, inscrite dans une lecture idéologique de l’histoire du Maghreb, a progressivement fait l’objet de révisions critiques qui ont contribué à réhabiliter le rôle des sociétés locales et à renouveler l’analyse des dynamiques économiques, sociales et territoriales.
La conférence retrace ensuite la formation d’une école tunisienne d’archéologie et d’études patrimoniales après l’indépendance, en soulignant la persistance de certains héritages méthodologiques, l’affirmation de nouvelles orientations scientifiques et l’élargissement des recherches au patrimoine islamique et urbain. Le développement de la recherche universitaire a favorisé le dépassement des approches essentiellement descriptives et classificatoires au profit d’analyses historiques, spatiales et interdisciplinaires.
Une attention particulière est également accordée aux transformations contemporaines, notamment à l’intégration des outils numériques, des systèmes d’information géographique et des bases de données, ainsi qu’à l’élargissement de la notion de patrimoine aux dimensions immatérielles, aux espaces longtemps négligés et à la pluralité des mémoires. Sont également abordés les défis liés à la production scientifique, à la publication, à la documentation et à la valorisation du patrimoine, ainsi que les rapports entre recherche académique et politiques patrimoniales.
Cette réflexion entend montrer que l’évolution de l’écriture archéologique et patrimoniale en Tunisie ne procède pas d’une succession de ruptures radicales, mais d’un processus complexe où se conjuguent continuités, réappropriations critiques et renouvellements méthodologiques et épistémologiques.





